L'hôtel de l'Iroise : quand on dormait au bout de la Pointe du Raz
Par Loic le 4 Septembre 2026 à 07h04 | Mis à jour le 20 Septembre 2026 à 09h29 | Catégorie: Patrimoine | Commune: Plogoff | Commentaires (0)
Longtemps, on a pu dormir à la Pointe du Raz même, à quelques pas du sémaphore et du grand large. C'était l'hôtel de l'Iroise, une modeste bâtisse posée presque à la pointe des terres. Il a disparu en février 1997, effacé par la grande réhabilitation du site. Voici son histoire.
Un hôtel au bout du monde
L'hôtel de l'Iroise est construit au début des années 1950, quand la Pointe du Raz s'ouvre au tourisme de masse. Rien d'un palace : sans étoile, au confort rudimentaire, il valait avant tout par sa situation exceptionnelle — on s'y endormait et l'on s'y réveillait au bruit de la mer, au ras des falaises. Pendant quarante-sept saisons, il accueillit les visiteurs venus contempler la pointe et, les jours de tempête, ceux que le mauvais temps retenait au bout de la route1.
Marie Le Coz, quarante-sept saisons durant
L'âme des lieux, c'était sa tenancière, Marie Le Coz, qui dirigea l'établissement pendant près de cinquante ans. Elle avait 77 ans lorsqu'il ferma. Les soirs sans clients, elle ne dormait pas sur place — « j'ai peur, seule », confiait-elle — et regagnait sa maison de Lescoff, à un kilomètre de là. L'hôtel, c'était toute sa vie et son gagne-pain1.
La renaissance du site, la fin de l'hôtel
Victime de son succès, la Pointe du Raz s'était couverte, au fil des décennies, de parkings, de boutiques et de constructions gagnant jusqu'à l'extrême pointe — au point d'abîmer le paysage même que l'on venait admirer. En 1989, le site est inscrit au programme national de réhabilitation des grands sites dégradés2. On décide alors de rendre la pointe à la lande : reculer les aménagements, démolir les bâtiments les plus avancés, renaturer les abords. Le Conservatoire du littoral y prend pied ; la Pointe du Raz recevra le label « Grand Site de France » en 20042.
L'hôtel de l'Iroise ne rentrait pas dans ce nouveau visage. Il ferma ses portes le 1er janvier 1997 et fut démoli le mois suivant, en février, contre le gré de sa propriétaire. Marie Le Coz vécut encore quelques années auprès de sa fille, à Lescoff, avant de s'éteindre1.
À la veille des travaux, un reportage de l'émission Aléas (1993), conservé par l'INA, filmait la Pointe du Raz et évoquait déjà la démolition annoncée de l'hôtel de l'Iroise :
Une mémoire tenace
Sur le terrain, il ne reste rien de l'hôtel — et c'était le but : rendre à la Pointe du Raz sa nudité sauvage. Mais son souvenir, lui, n'a pas disparu. Les cartes postales anciennes le montrent encore, petite silhouette blanche accrochée au bout des terres, et beaucoup, dans le Cap, se rappellent y avoir bu un café ou passé une nuit venteuse. Sa disparition reste, pour les uns, le symbole d'un progrès nécessaire ; pour les autres, celui d'une page tournée.
Notes et sources
« L'Hôtel de l'Iroise et la Pointe du Raz », blog Le comptoir de Titam, 2009 : construction au début des années 1950, quarante-sept saisons de Marie Le Coz, confort rudimentaire, fermeture le 1er janvier 1997 et démolition en février. lecomptoirdetitam.wordpress.com ↩︎
Inscription de la Pointe du Raz au programme national de réhabilitation des grands sites nationaux dégradés (1989), opération conduite avec le Conservatoire du littoral ; le site reçoit le label « Grand Site de France » en 2004. ↩︎
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