L'Île de Sein peut-elle se passer du fioul ?
Par Loic le 4 Octobre 2026 à 18h23 | Mis à jour le 4 Octobre 2026 à 19h09 | Mots-clés : Économie, Énergies renouvelables | Commune: Ile de sein | Commentaires (0)
À quelques milles au large de la Pointe du Raz, l'Île de Sein tient sur cinquante-six hectares à peine soulevés au-dessus des flots. Un peu plus de deux cent cinquante habitants recensés, pas une voiture — et une électricité qui, elle, sort d'un moteur au fioul. Depuis des décennies, l'île rêve de produire son propre courant, et propre ; longtemps, ce rêve s'est heurté au monopole d'EDF. Une éolienne doit enfin s'y dresser d'ici la fin de 2026.
Une île qui brûle du fioul
Sein n'est pas reliée au réseau électrique du continent. Comme les autres « zones non interconnectées » — l'outre-mer, la Corse, les petites îles du Ponant —, elle fabrique son courant sur place, dans une centrale thermique d'environ 860 kilowatts qui consomme quelque quatre cent mille litres de fioul par an.1 C'est une électricité coûteuse : produire le kilowattheure dans ces conditions revient à plusieurs fois son coût sur le continent. Les Sénans ne le paient pourtant pas plus cher qu'ailleurs : l'écart est lissé au niveau national par la péréquation tarifaire, financée par une contribution prélevée sur la facture de tous les abonnés français.2
Le rêve d'une île 100 % renouvelable
En 2013, une soixantaine de personnes — dont une quarantaine d'insulaires — fondent la société Île-de-Sein Énergies (IDSE). L'objectif tient en une phrase : faire passer l'île au tout renouvelable, soleil, vent et stockage, et en finir avec le fioul.3 L'absurdité du système en place saute aux yeux de ses promoteurs : « L'eau chaude représente la moitié de nos besoins. Or, aujourd'hui, on utilise du fioul pour produire de l'électricité qui produira de l'eau chaude. »4
Le mur du monopole
Le projet bute alors sur un obstacle qui n'a rien de technique. Dans les zones non interconnectées, l'État confie à EDF la gestion du réseau ; ce monopole verrouille toute initiative venue d'ailleurs, dénonce Patrick Saultier, à la tête d'IDSE : « EDF bloque notre initiative en s'appuyant sur le monopole que lui donne l'État pour la gestion du réseau de distribution de l'électricité. »3 En mars 2018, IDSE porte l'affaire devant la Commission européenne, met en cause le syndicat départemental d'énergie du Finistère (Sdef) et demande à la justice administrative d'interroger la Cour de justice de l'Union européenne.4
Une éolienne, enfin, pour 2027
Après une dizaine d'années de discussions — parfois houleuses —, un projet officiel voit le jour, porté par la société Enez Sun Énergies, qui associe la commune, le Sdef et EDF. Une éolienne de quarante-cinq mètres et 250 kilowatts doit être installée avant la fin 2026 et mise en service en 2027 ; elle apporterait environ 760 mégawattheures par an au micro-réseau de l'île, aux côtés du parc photovoltaïque, qui assure déjà près de 15 % de la production. S'y ajoutent des mesures plus discrètes : compteurs communicants, éclairage public en LED, rénovation des logements, batteries de stockage.5 C'est un pas réel vers la sortie du fioul — mais un pas mesuré, encore loin du « 100 % renouvelable » qu'espéraient les insulaires.
Un enjeu qui dépasse l'île
L'affaire de Sein n'est pas qu'une querelle de clocher. Ces petites îles basses, parmi les plus exposées de Bretagne à la montée des eaux, sont aussi les mieux placées pour montrer qu'un territoire peut sortir des énergies fossiles. Le fioul y coûte cher, pollue, et voyage par bateau ; le vent et le soleil, eux, sont sur place. Reste la question posée depuis plus de dix ans, et qui vaut bien au-delà du Raz de Sein : à qui revient-il de produire cette énergie propre — au monopole, ou à l'île elle-même ?
Révolution énergétique, L'Île de Sein se décarbone grâce à une seule éolienne de 250 kW : centrale thermique d'environ 860 kW, quelque 400 000 litres de fioul consommés par an, parc photovoltaïque assurant près de 15 % de la production. revolution-energetique.com/…/lile-de-sein-se-decarbone ↩︎
Sur le surcoût de production dans les zones non interconnectées et son lissage par la péréquation tarifaire (financée par la contribution au service public de l'électricité) : Ministère de la Transition écologique, Revue de dépenses — Péréquation tarifaire de l'électricité avec les zones non interconnectées. documentation.developpement-durable.gouv.fr/…/perequation-zni ↩︎
France 3 Bretagne, Île de Sein : des habitants mobilisés contre le monopole d'EDF : la société Île-de-Sein Énergies, créée en 2013 par une soixantaine de personnes dont une quarantaine de résidents, et son objectif de passer au tout renouvelable ; propos de Patrick Saultier sur le monopole. france3-regions.franceinfo.fr/…/ile-sein-monopole-edf ↩︎ ↩︎
Actu-Environnement, Des habitants de l'Île de Sein saisissent la Commission européenne contre le monopole d'EDF : la saisine de mars 2018 contre le Sdef, la demande de renvoi devant la Cour de justice de l'Union européenne, et le constat sur l'eau chaude produite à partir de fioul. actu-environnement.com/…/ile-sein-monopole-edf ↩︎ ↩︎
Révolution énergétique, L'Île de Sein se décarbone grâce à une seule éolienne de 250 kW : une éolienne de 45 m et 250 kW, installée avant fin 2026 et mise en service en 2027, environ 760 MWh injectés par an ; en complément, compteurs communicants, éclairage public LED, rénovation thermique et batteries de stockage. revolution-energetique.com/…/lile-de-sein-se-decarbone
Agence Bretagne Presse, Les îles du Finistère vers une énergie indépendante et renouvelable (septembre 2022) : la société Enez Sun Énergies, créée par la commune, EDF et le Sdef pour porter l'éolienne. abp.bzh/…/les-iles-du-finistere ↩︎
Commentaires au sujet de cet article
Personne n'a encore commenté cet article.