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Les éoliennes de Goulien sont-elles vraiment rentables ?

Par Loic le 6 Septembre 2026 à 06h00 | Catégorie: Actualité | Commune: Goulien | Commentaires (0)

À une dizaine de kilomètres de la Pointe du Raz, les huit éoliennes de Goulien tournent depuis l'an 2000 : c'est l'un des tout premiers parcs de Bretagne, déjà passé à sa deuxième génération de machines en 2017-2018.1 L'occasion de poser deux questions simples : ce parc est-il rentable économiquement — et pour qui — et l'est-il écologiquement ?

Une des éoliennes de Goulien.

Une des éoliennes de Goulien.

Est-ce rentable économiquement ? Et qui gagne ?

Oui, un parc éolien est rentable, mais d'une manière particulière : il ne vend pas son électricité au prix du marché, au petit bonheur. L'État lui garantit un prix pendant vingt ans.2 Si le marché paie moins, la puissance publique comble la différence ; s'il paie plus, l'exploitant reverse le trop-perçu. C'est donc une affaire sans grand risque, adossée à une garantie publique — ce qui la rend précisément attractive pour des investisseurs.

Qui gagne, alors ? Plusieurs bénéficiaires, très inégaux :

  • L'exploitant. Construit en 2000 par Cegelec et le fabricant danois NEG Micon, le parc de Goulien a été racheté en 2013 par Quadran, puis est passé dans le giron de TotalEnergies.3 Un grand groupe reprend un petit parc breton parce qu'il y trouve un revenu stable et garanti.
  • Les propriétaires des terrains. Les éoliennes sont posées sur des parcelles privées, souvent agricoles. Leurs propriétaires perçoivent un loyer annuel pour chaque machine, pendant toute la durée d'exploitation — un complément de revenu régulier et durable.
  • La commune et les collectivités. Un parc paie des impôts locaux, partagés entre la commune, l'intercommunalité et le département. C'est une recette récurrente, et l'une des raisons pour lesquelles une commune accepte des éoliennes sur son territoire.

En face, qui paie ? L'ensemble des consommateurs français : la garantie de prix est financée par une charge répercutée sur la facture d'électricité, à l'échelle nationale. Et le mécanisme ne joue pas toujours dans le même sens. Pendant la crise de l'énergie de 2022-2023, les prix de marché ont dépassé les tarifs garantis, et les producteurs éoliens et solaires ont alors reversé plusieurs milliards à l'État4 — un renfort exceptionnel pour les finances publiques. Mais ce n'est pas la règle : la plupart du temps, c'est le consommateur qui soutient la filière.5

Un parc éolien est donc rentable, en grande partie parce que la collectivité en supprime le risque. Le gros du profit revient à de grands groupes ; propriétaires fonciers et communes en touchent, eux aussi, une part.

Pour Goulien précisément, voici quelques ordres de grandeur6 :

  • Recettes : environ 1 à 1,3 million d'euros par an (14,4 GWh vendus à un prix garanti de l'ordre de 70 à 90 €/MWh).
  • Loyers aux propriétaires : environ 15 000 à 25 000 € par an au total, soit à peu près 2 000 à 3 000 € par éolienne.
  • Fiscalité locale : environ 70 000 à 80 000 € par an pour l'ensemble des collectivités (dont l'IFER, autour de 50 000 €), partagée entre la commune, l'intercommunalité et le département.

Répartition estimée des recettes d'un parc éolien comme Goulien

Où va l'argent ? Estimation en ordre de grandeur pour un parc comme Goulien. Les propriétaires des terrains (~2 %) et les collectivités locales (~7 %) touchent peu ; l'essentiel — l'excédent d'exploitation (~78 %) — sert d'abord à rembourser l'investissement et l'emprunt bancaire (un parc est financé à environ 85 % par la dette7), puis à payer les impôts ; le bénéfice qui revient aux actionnaires n'en est qu'une part.

Est-ce rentable écologiquement ?

Une idée répandue voudrait qu'une éolienne coûte plus d'énergie à fabriquer et à démonter qu'elle n'en produit. C'est faux. Une éolienne rembourse en quelques mois à un an l'énergie qu'ont demandée sa fabrication, son installation et son futur démantèlement — pour une durée de vie de vingt à vingt-cinq ans. Sur l'ensemble, elle produit des dizaines de fois cette énergie, et son empreinte carbone compte parmi les plus faibles, très loin du gaz ou du charbon.8

Le bilan n'est pas parfait pour autant. Trois ombres, bien réelles :

  • La fin de vie des pales. Elles sont en matériaux composites que l'on ne sait pas vraiment recycler : à Goulien, elles ont été broyées puis brûlées dans une cimenterie.9 On y récupère un peu d'énergie, mais ce n'est pas un recyclage propre.
  • Les fondations. Ces énormes socles de béton ne sont souvent retirés qu'en surface ; le reste demeure dans le sol.
  • Le paysage et la nuit. L'impact visuel dans un pays comme le Cap se discute légitimement, et les feux de balisage rouges qui clignotent la nuit dérangent, à juste titre. Des solutions existent — n'allumer les feux qu'à l'approche d'un avion — et commencent à se répandre.

Qui fixe le prix ?

Ce prix garanti est fixé par l'État, par arrêté ministériel ; pour les projets récents, son montant sort d'appels d'offres organisés par la Commission de régulation de l'énergie, où les candidats se font concurrence et où le moins-disant l'emporte. Le contrat est attaché à l'installation, pas à son propriétaire : le rachat du parc par Quadran, puis son passage sous TotalEnergies, n'ont donc rien changé au tarif. Ce qui l'a fait évoluer, c'est le renouvellement des machines en 2017-2018, qui a ouvert un nouveau contrat aux conditions de l'époque — donc à un prix plus bas que celui de l'an 2000. Preuve que ce prix est un levier : l'État peut l'abaisser, et il l'a fait10.

Et le solaire, alors ?

Tout se heurte ici à la loi Littoral. En bord de mer, elle interdit d'implanter de nouvelles éoliennes — c'est d'ailleurs pourquoi le renouvellement de 2018 s'est borné à remplacer les machines à l'identique, sans en ajouter. Et la même règle a bloqué une autre idée sur le site : un projet de parc photovoltaïque, une quarantaine d'hectares au pied des éoliennes, pour une puissance de l'ordre de 11 à 20 MW, porté par le même opérateur (Quadran, groupe TotalEnergies) à la demande de la commune. Au sol, des panneaux solaires y sont en effet regardés comme une extension de l'urbanisation, interdite hors continuité avec le bourg. À Goulien, la règle qui fige le parc éolien empêche aussi d'y ajouter du solaire11.

En résumé

L'éolien demeure une énergie vertueuse dans son principe. Goulien en montre aussi les ambiguïtés : une production propre devenue un actif financier entre les mains de très grands groupes, garantie par l'argent public, et dont la fin de vie n'est pas encore à la hauteur des promesses. Soutenir le vent n'oblige pas à fermer les yeux sur la manière dont on l'exploite.

Reste l'essentiel. Qu'un parc privé rapporte à son propriétaire, rien de plus normal : c'est un investissement privé, qui prend un risque et se rémunère. Ce qui l'est moins, c'est qu'il coûte à la collectivité : le prix garanti, payé par le consommateur, vient s'ajouter au bénéfice privé. On pourrait pourtant faire autrement — un prix de rachat plus proche du marché : l'exploitant gagnerait un peu moins, et le public ne paierait rien. C'est du reste la pente suivie, puisque les tarifs ont fortement baissé et que l'éolien terrestre est désormais presque rentable sans aide. Le vent, lui, restera gratuit ; reste à savoir qui doit payer pour le capter — et qui ne devrait pas.

Les montants propres à Goulien sont des estimations en ordre de grandeur, calculées à partir de ratios publics : les comptes réels du parc ne sont pas publiés.

  1. Commune de Goulien, Le parc éolien : mise en service en 2000, huit éoliennes, renouvellement (« repowering ») en 2017-2018, 6,4 MW pour 14,4 GWh par an. goulien.fr/le-parc-eolien ↩︎

  2. Connaissance des énergies, Qu'est-ce que le complément de rémunération ? (consulté le 3 septembre 2026) : l'électricité est vendue sur le marché, avec un tarif de référence garanti sur vingt ans ; l'État verse la différence, ou l'exploitant reverse le surplus. connaissancedesenergies.org/…/complement-de-remuneration ↩︎

  3. TotalEnergies, Quadran rejoint TotalEnergies : la société Quadran, qui avait racheté le parc de Goulien en 2013, a été intégrée au groupe TotalEnergies (fin 2018), devenu TotalEnergies Renouvelables. totalenergies.fr/…/quadran-rejoint-totalenergies ↩︎

  4. France Renouvelables, Évaluation CSPE 2022-2023 de la CRE : l'éolien et le photovoltaïque reversent environ 15 milliards d'euros au budget de l'État sur 2022 et 2023, l'éolien en représentant plusieurs milliards. france-renouvelables.fr/…/evaluation-cspe-2022-2023 ↩︎

  5. Cour des comptes, Le soutien aux énergies renouvelables (rapport, mars 2026) : le soutien public aux renouvelables représente un coût cumulé d'environ 26 milliards d'euros sur 2016-2024, soit près de 2,9 milliards par an en moyenne (toutes filières confondues). actu-environnement.com/…/rapport-cour-comptes-soutien-enr ↩︎

  6. Ordres de grandeur calculés pour Goulien (6,4 MW, 14,4 GWh/an) à partir de ratios publics : loyers d'environ 1 000 à 5 000 €/MW/an et fiscalité locale d'environ 12 000 €/MW/an (journal-eolien.org) ; IFER d'environ 8,6 €/kW (fiscallia.fr) ; prix garanti de l'ordre de 70 à 90 €/MWh (contexte des appels d'offres de la CRE). Estimation : les comptes du parc ne sont pas publics. ↩︎

  7. Selectra, Financement des énergies renouvelables : un parc éolien est monté en financement de projet, très majoritairement par l'emprunt bancaire (de l'ordre de 80 à 85 %). selectra.info/…/energies-renouvelables/financement ↩︎

  8. ADEME (analyse de cycle de vie de l'éolien, 2015), via le Journal de l'éolien : temps de retour énergétique d'environ douze mois pour l'éolien terrestre, empreinte d'environ 12,7 à 14,1 g CO₂ eq/kWh — parmi les plus basses. journal-eolien.org/…/analyse-de-cycle-de-vie-de-leolien ↩︎

  9. L'Énergeek, Rénovation des parcs éoliens : la Bretagne pionnière (20 juin 2018) : lors du renouvellement de Goulien, les pales ont été broyées en combustible solide de récupération (CSR) et brûlées en cimenterie. lenergeek.com/…/renovation-parcs-eoliens-bretagne ↩︎

  10. Journal de l'éolien, Les politiques de soutien en France : le niveau du soutien est fixé par arrêté ministériel puis, pour les projets significatifs, par appels d'offres de la Commission de régulation de l'énergie (mise en concurrence) ; les tarifs de l'éolien terrestre ont nettement baissé, de l'ordre de 45 à 66 €/MWh. journal-eolien.org/…/les-politiques-de-soutien-en-france ↩︎

  11. Le Télégramme, Goulien. Le parc photovoltaïque bute sur la loi Littoral : un projet de centrale solaire au sol (une quarantaine d'hectares, de l'ordre de 11 à 20 MW) au pied des éoliennes, empêché par la loi Littoral. Sur la règle applicable — un parc solaire au sol vaut « extension de l'urbanisation », interdite hors continuité avec le bourg : LGP Avocats, La loi Littoral et les énergies renouvelables : les parcs photovoltaïques. lgp-avocats.fr/…/les-parcs-photovoltaiques ↩︎


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