Si vous souhaitez publier un Article, inscrivez vous et/ou identifiez vous via le formulaire situé en haut à droite de votre écran .

Plogoff, que se passe-t-il à Pors Loubous ?

Par Loic le 13 Septembre 2026 à 15h52 | Catégorie: Actualité | Commune: Plogoff | Commentaires (0)

À Pors Loubous, l'un des petits ports-abri de Plogoff, la digue bâtie par les anciens n'a pas tenu. Les tempêtes de ces derniers hivers l'ont éventrée, et la commune a fermé le site, jugé dangereux. Là où l'affaire aurait pu s'arrêter, un collectif d'habitants s'est formé — et, pierre après pierre, a commencé à la réparer lui-même.

Pors Loubous, à Plogoff, sous la tempête : le petit port-abri et sa digue battus par la mer.

Une digue en ruine, un site fermé

Depuis les dernières dégradations, l'accès à Pors Loubous est interdit « jusqu'à nouvel ordre » : la mairie de Plogoff a fermé le site en raison de sa dangerosité, y compris pour les surfeurs qui l'abordaient par la mer. La commune indique que « des démarches visant à sécuriser l'endroit de façon pérenne sont entreprises », avec l'aide du département.1

Un collectif pour sauver la digue

Des habitants de Plogoff et du Cap-Sizun ont créé l'association Sauvegarde de la digue de Pors Loubous. En concertation avec la commune, ils se donnent pour tâche de regrouper les bonnes volontés et de réunir, selon leurs propres mots, « des solutions tant financières que techniques pour permettre la remise en état de cette digue qui participe également à la protection du trait de côte ».2 L'adhésion, à cinq euros, sert autant à financer qu'à peser : plus l'association compte de membres, plus elle aura de poids pour lever des fonds.

La chaîne humaine

Sans attendre, les bénévoles sont passés à l'acte. À la fin de l'été 2026, lors de deux « chantiers participatifs » — le premier fin août, le second début septembre —, une chaîne humaine d'une bonne soixantaine de personnes s'est formée pour acheminer des pierres jusqu'à la digue. La première fois, la houle a empêché d'atteindre la pointe de l'ouvrage ; les volontaires ont néanmoins amené les pierres jusqu'à son pied. La fois suivante, ils ont pu remplir environ quatre mètres cubes de pierres dans l'alvéole endommagée — l'étape qui précède la coulée d'un ciment fibré. L'ambition reste mesurée : il s'agit de stabiliser provisoirement l'extrémité de l'ouvrage pour l'empêcher, autant que possible, de se dégrader davantage cet hiver — non de le reconstruire.3

L'opération est menée avec la commune : chaque participant signe une décharge préparée par la mairie, et le chantier se déroule dans un périmètre de sécurité. Autour, une chaîne de solidarité s'est nouée : la mairie de Plogoff a fourni les pierres nécessaires — récoltées par l'association ASPH Men Tan lors de la remise en état du site du Bunker Mammut —, tandis que l'association J'aime ma mer prêtait main-forte.3

Un port bâti par étapes

Pors Loubous — jadis « ar ganol », le chenal, pour les marins du lieu — n'a jamais été qu'une alliance fragile entre l'homme et la mer. En 1887, une cinquantaine d'habitants entreprennent de fermer le passage sud par un brise-lames ; suivront la cale envisagée dès 1869, le treuil de halage de 1922, la jetée tant réclamée enfin construite en 1924, le môle maçonné des années 1930, puis les rehaussements de 1967, 1987 et 1997.4 C'est cet ouvrage patiemment accumulé, pierre après pierre, que la mer défait aujourd'hui — et que d'autres mains, un siècle plus tard, tentent de relever.

Un lieu de mémoire

Si le collectif tient tant à ce bout de côte, ce n'est pas seulement pour son charme. Une plaque, à l'entrée du port, rappelle qu'il fut, dès 1940, un passage clandestin de la France Libre : des agents et des résistants — tel Honoré d'Estienne d'Orves — y transitèrent, accueillis et protégés par des habitants, pour organiser la lutte contre l'occupation.5

Une course contre la mer

Chaque tempête aggrave la brèche, et un ouvrage maritime abîmé se dégrade vite. Les premières pierres sont en place dans l'alvéole, le ciment fibré suivra. Mais cette consolidation d'urgence ne fait qu'espérer freiner la ruine : la vraie remise en état — avec des matériaux adaptés et de tout autres moyens — reste, elle, à concevoir et à financer. C'est là que se joue l'avenir de Pors Loubous, entre les bénévoles, la commune et la mer.

  1. Commune de Plogoff, Avis à la population — Pors Loubous : fermeture du site au public, interdiction d'accès « jusqu'à nouvel ordre » pour raison de dangerosité (surfeurs compris), et démarches de sécurisation pérenne menées avec l'aide du département. plogoff.fr/avis-a-la-population-pors-loubous ↩︎

  2. Association Sauvegarde de la digue de Pors Loubous (page HelloAsso) : collectif de citoyens de Plogoff et du Cap-Sizun, constitué en concertation avec la commune, pour réunir les soutiens financiers et techniques nécessaires à la remise en état de la digue ; adhésion à cinq euros. helloasso.com/…/sauvegarde-de-la-digue-de-pors-loubous ↩︎

  3. Page Facebook de l'association Sauvegarde Digue Pors Loubous (publications de l'été 2026) : deux chantiers participatifs (fin août et début septembre), une soixantaine de bénévoles en chaîne humaine, acheminement des pierres jusqu'au pied de la digue puis remplissage d'environ quatre mètres cubes dans l'alvéole avant coulée d'un ciment fibré ; opération encadrée par la commune (décharge signée par chaque participant, périmètre de sécurité), pierres fournies par la mairie et récoltées par l'association ASPH Men Tan sur le site du Bunker Mammut, avec le concours de l'association J'aime ma mer. Sauvegarde Digue Pors Loubous sur Facebook ↩︎ ↩︎

  4. Inventaire général du patrimoine culturel (Région Bretagne), Port-abri, Pors Loubous (Plogoff), et page de l'association : brise-lames élevé à partir de 1887, cale envisagée dès 1869, treuil de halage en 1922, jetée construite en 1924, môle maçonné dans les années 1930, rehaussements en 1967, 1987 et 1997. patrimoine.bzh/…/dossier/IA29132246 ↩︎

  5. Inventaire général du patrimoine culturel (Région Bretagne), Port-abri, Pors Loubous (Plogoff) — une plaque, à l'entrée du port, commémore un épisode de 1940 lié à la France Libre — et page de l'association Sauvegarde Digue Pors Loubous, qui rappelle le passage clandestin, dès 1940, des premiers agents de la France Libre, dont Honoré d'Estienne d'Orves. patrimoine.bzh/…/dossier/IA29132246 ↩︎


Commentaires au sujet de cet article

Personne n'a encore commenté cet article.

Pour laisser un commentaire, il faut être membre du forum et vous connecter.