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La buvette Ty Mar'Jañ Birinic de Pors Théolen : 3ème génération depuis 1935

Par Loic le 22 Septembre 2026 à 12h04 | Mis à jour le 27 Septembre 2026 à 06h25 | Mots-clés : Patrimoine, Cléden Cap Sizun, Littoral, Buvette, Epaves, Marine, Histoire, Théolen | Commune: Cleden Cap Sizun | Commentaires (0)

Au creux d'un vallon de Cléden, une buvette domine depuis 1935 la petite plage de Pors Théolen. En contrebas, le « port des tuiles » garde ses secrets : un énorme rocher posé sur le sable, une vieille cale, et la chaudière d'un vapeur échoué là il y a bientôt cent quarante ans.

Carte postale ancienne (éditions Jean) : la buvette de Pors Théolen, au-dessus de la crique, à Cléden-Cap-Sizun.

Marie Jan Birinic, la buvette depuis 1935

Tout commence en 1935. Cette année-là, Marie Jeanne Kerloch, dite Marie-Jean Birinic — que l'on prononce « Marjan » —, fille de paysan, quitte la campagne pour s'installer à Cléden, au bord de la mer, où elle ouvre sa buvette à Pors Théolen. Depuis, c'est la même famille qui la fait vivre, de mère en fille — aujourd'hui la troisième génération, et une quatrième qui prête déjà la main. Marie Jan s'en est allée, mais sa buvette lui a survécu. Le lieu vaut autant par son cadre que par son comptoir : un vallon, une crique, une petite plage, une terrasse ouverte sur la mer et, à l'intérieur, le mobilier typique du Cap. L'été, la terrasse est prise d'assaut par les touristes. Mais la buvette a ceci de rare qu'elle reste ouverte l'hiver : ce n'est pas un simple commerce de saison pour vacanciers, c'est un lieu de vie ouvert toute l'année, quand le Cap se vide et que la mer se fâche.

En 1982, la télévision est venue filmer Mar'Jañ : dans ce reportage d'archive, pour l'émission « L'Ouest en mémoire », elle évoque sa vie et ses souvenirs.

Pors Théolen, le « port des tuiles »

Le nom dit l'histoire du lieu : Pors Théolen, c'est « le port des tuiles »1 — à ne pas confondre avec le village de Théolen, un peu plus haut ; la buvette, elle, domine directement la plage, en contrebas. La plage de Théolen se blottit au fond d'une vallée que descend une petite route ; un rocher énorme semble posé là, sur le sable. De part et d'autre subsistent deux amers ; loin d'avoir guidé les barques vers la plage, ces deux tours de granit marquaient l'extrémité d'une base où la Marine chronométrait la vitesse de ses navires de guerre, dans la baie de Douarnenez2.

Car Pors Théolen fut un vrai petit port. On y bâtit en 1884 une cale de soixante mètres de long ; une demande d'élargissement, en 1888, fut refusée, mais on ouvrit tout de même la route d'accès. La cale fut refaite en 1975, pour cent dix-sept mille francs, avant que les tempêtes de l'hiver 1977-1978 ne l'endommagent à leur tour3. Aujourd'hui, plus aucun bateau n'y stationne ; la plage reste pourtant la seule des environs où les pêcheurs locaux peuvent encore mettre leurs canots à l'eau.

Le registre des délibérations du conseil municipal, tenu de 1885 à 1929, donne chair à ce petit port. La cale y servait à haler les bateaux à sec par gros temps et à charger le sable que venaient prendre les chalands, tandis que les habitants ramassaient sur l'estran le goémon, leur engrais. Trop étroite — trois mètres de large —, elle revient sans cesse dans les débats : en 1885, on demande de décapiter d'urgence les rochers qui, au bas de la cale, empêchent les charrettes de descendre ; en 1887, le conseil en vote l'élargissement ; en 1891, les Ponts et Chaussées en dressent le plan, financé en partie par une souscription des marins et des riverains4.

La plage aux épaves

Le petit port a connu ses drames : Daniel Bernard rapporte que, le 10 janvier 1885, le Saint-Herlé, à Clet-Yves Le Goff, rompit ses amarres à Porz Théolen et se brisa sur les récifs5.

À marée basse, quand les grands coefficients découvrent le sable, une forme noirâtre affleure. On la prendrait pour l'un des innombrables rochers de la plage ; c'est en réalité la chaudière d'un navire à vapeur, le Premier, échoué là en 1886 — tout ce qu'il en reste6. Non loin gît une autre épave, celle d'un avion, dont la mer, en remuant sans cesse le fond de la crique, n'a laissé que peu de chose6. De la terrasse de la buvette, on domine tout cela : une plage sauvage, un port oublié, et le cimetière discret de ses naufrages.

  1. Sens du toponyme : d'après Daniel Bernard, « Téolen » signifie « tuile » — on a jadis découvert dans le secteur des tuiles romaines, à proximité de l'ancienne voie de Douarnenez à Trouguer. Daniel Bernard, Cléden-Cap-Sizun, monographie d'une paroisse du Cap-Sizun (Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tomes LXXVI-LXXVIII, 1950-1952. ↩

  2. Alignement de deux amers du début du XXe siècle : deux tours de granit distantes de 700 mètres, marquant la limite ouest d'une base de mesure de vitesse de la Marine dans la baie de Douarnenez ; les bâtiments s'y chronométraient entre deux repères pour établir le rapport entre nœuds et tours d'hélice. Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne, dossier « Alignement de deux amers, Pors Théolen » (réf. IA29133698), patrimoine.bzh. ↩

  3. En 1884, on établit à Porz Théolen une cale de soixante mètres de long sur trois de large ; en 1888, la commune ouvrit un chemin d'accès à la grève, mais n'obtint pas l'élargissement de la cale à quatre mètres qu'elle réclamait. Daniel Bernard, Cléden-Cap-Sizun, monographie d'une paroisse du Cap-Sizun (Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tomes LXXVI-LXXVIII, 1950-1952. La cale fut plus tard refaite (1975), puis renforcée après les tempêtes de l'hiver 1977-1978. ↩

  4. Délibérations des 2 août 1885, 10 mai 1887 et de 1891 (état et élargissement de la cale, halage des bateaux, chargement du sable, ramassage du goémon). Cléden-Cap-Sizun, registre des délibérations du conseil municipal (1885-1929), transcrit et consultable sur documents.cap-sizun.com. ↩

  5. Naufrage du Saint-Herlé, à Clet-Yves Le Goff, qui rompit ses amarres à Porz Théolen et se brisa sur les récifs le 10 janvier 1885. Daniel Bernard, Cléden-Cap-Sizun, monographie d'une paroisse du Cap-Sizun (Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tomes LXXVI-LXXVIII, 1950-1952. ↩

  6. Restes du vapeur Premier, échoué en 1886, dont seule subsiste la chaudière, visible à marée basse et par forts coefficients ; à proximité, l'épave d'un avion, dont il ne demeure que peu de chose. Vestiges visibles sur l'estran, également signalés par la fiche « Plage de Théolen » de cleden-cap-sizun.com. ↩

Personnes et organisations citées

  • Marie-Jeanne Kerloc'h (Mar'Jañ Birhinic , Marie Jean Kerloc’h , Marie Jean Birinic , Mar'Jañ Birinic , Marie Jan Birinic , Marie-Jean Birinic , Marie Jeanne Kerloch , Marjan)

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